Sortie du roman «Ecchymose du soleil» : Nourine Djelouat explore un nouveau sentier littéraire

dans Actualités/Arts & Culture
  • Par ZIAD Salah

Après dix ans dans les tiroirs de plus d’un éditeur, «Ecchymose du soleil» voit le jour. C’est Harmattan Algérie qui décida, après des hésitations de plusieurs mois, de le publier. Sa sortie, fort heureusement, coïncide avec le premier anniversaire de la disparition de Farid Moughlem, un proche ami de l’auteur Nourine Djelouat, et la naissance de la Fondation qui porte le nom du défunt.

L'auteur Nourine Djelouat lors de la vente-dédicace de "Ecchymose du soleil' à la librairie Arts et Culture d'Oran.
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L’auteur Nourine Djelouat lors de la vente-dédicace de “Ecchymose du soleil” à la librairie Arts et Culture d’Oran.

Quant aux réticences des éditeurs vis-à-vis de ce texte, il faut la chercher dans la nature même de «Ecchymose du soleil». Le texte est iconoclaste, pour ne pas dire déroutant à plus d’un titre. Difficile à ranger dans un genre littéraire précis, il constitue sans conteste un moment dans la littérature algérienne et maghrébine.

Ce n’est pas un roman au sens traditionnel du terme, ni un simple récit d’une expérience éprouvante de son auteur, en l’occurrence l’incarcération, ce texte casse volontairement tous les codes pour se situer uniquement et allègrement sur le plan d’une expression très personnelle dont l’auteur cultive l’art.

Par ailleurs, la poésie et la simple prose se disputent âprement l’espace du texte. «Nora», un des chapitres de «Ecchymose du Soleil», anagramme d’Oran, peut référer à la ville où réside l’auteur, ou à une de ses maîtresses supposées ou réelles. Chacun peut à sa guise participer à l’élargissement de ce spectre des élans imaginaires de l’auteur.

Nourine Djelouat a, dans ce texte, repris à son compte un qualifiant de son oncle le célèbre Issiakhem et son compère de toujours Kateb Yacine : «des brouilleurs de piste».

Aussi, autant l’auteur se débarrasse de toute sorte d’inhibition quand il s’agit de sensualité, autant il emprunte des voies sinueuses pour nous livrer ses personnages. Le texte grouille de protagonistes, dont certains rencontrés durant son séjour à la maison d’arrêt d’Oran.

Mais pour le critique avisé, l’intérêt de «Ecchymose de Soleil» réside plutôt dans sa langue. Par défi, l’auteur revendique son droit de recourir à souhait au néologisme. «Je néologiserais tous les mots et de toutes les langues» écrit-il.

Djelouat Nourine tente, avec bonheur, un coup de force digne des précurseurs. Au lieu de rester enfermé dans la logique de sa langue d’écriture, et donc de subir passivement sa charge émotionnelle entre autres, il la soumet à toutes les malaxations pour en extraire l’outil en mesure d’exprimer ses émotions et ses cogitations.

Dans ce texte, on n’assiste pas à une simple maîtrise de la langue, condition première à tout prétendant à l’écriture, mais à une véritable appropriation de cette langue par l’auteur. Sommée de surcroît à restituer un vécu peu ordinaire.