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Lettre ouverte à Ahmed Gaid Salah : “Être à la hauteur des exigences du peuple”

Contributions

Depuis le 22 février, le peuple algérien s’est soulevé comme un seul homme pour exiger le départ d’un régime autoritaire, corrompu et illégitime, et revendiquer sa volonté d’édifier une nouvelle république, fondée sur l’État de droit et la démocratie.

L’exceptionnelle mobilisation des Algérien(ne)s au pays et à l’étranger s’est transformée en un vaste mouvement populaire, irréprochable par son engagement, sa maturité politique et la clarté de ses  revendications. L’Algérie vit sa deuxième grande révolution et nous sommes des millions de citoyen(ne)s résolu(e)s à libérer l’Homme, après que nos ancêtres aient libérés la terre.

L’Armée Nationale Populaire (ANP) se doit d’être à la hauteur de ce moment charnière de notre histoire en se mettant aux diapasons du peuple algérien.

Monsieur Ahmed Gaid Salah,

En tant que chef d’État-Major et porte-parole de l’ANP, nous vous interpellons sur la nécessité et l’urgence d’appuyer d’une manière claire et ouverte les revendications du mouvement populaire.

Après neuf semaines de mobilisation de masse, le peuple a exprimé son refus catégorique de la continuité du régime sous couvert de l’application de l’article 102 de la Constitution.

L’ANP ne peut s’opposer à cette revendication légitime. Elle ne devrait ni soutenir une telle option, ni poser la conformité constitutionnelle comme horizon indépassable. La seule solution qui satisfait les revendications du peuple algérien est politique, et non constitutionnelle.

L’armée ne peut en aucun cas être tuteur du processus de transition, ni imposer sa solution au peuple algérien. Elle a le devoir d’être garante d’un processus de transition libre, mené par des acteurs légitimes aux yeux des millions d’Algériens, qui permet de jeter les bases démocratiques de la nouvelle république.

Une transition politique doit être menée dans les plus brefs délais par des acteurs issus du mouvement populaire, et reconnus pour leur intégrité, leur compétence et leur patriotisme.

Par conséquent, le rôle de l’ANP est d’accompagner le mouvement populaire et les acteurs légitimes, reconnus par le peuple, dans la réalisation de cet objectif.

Monsieur Ahmed Gaid Salah,

En tant que chef d’État-Major et porte-parole de l’Armée nationale populaire (ANP), vous êtes dorénavant face à un choix historique: soit vous accompagnez la décision du peuple en rejetant de manière claire la “non-solution” d’une transition par le régime; soit vous placez l’ANP – notre armée- aux antipodes de la volonté du peuple, et vous risquez de mettre l’intérêt suprême du pays en jeu.

Les violences subies par les manifestants, les arrestations arbitraires et la volonté de museler l’espace public par les corps sécuritaires sont des signes alarmants qui font réfléchir les algériens sur le rôle et la volonté de l’armée, réelle ou non, d’affaiblir le mouvement populaire.

De plus, les rappels d’un danger imminent à nos frontières et l’invocation constante d’une “main étrangère” au sein du mouvement populaire font moins peur aux Algériens qu’ils ne jettent de doute sur la véracité de telles conclusions. Au vu de la situation régionale et sécuritaire à nos frontières, l’armée se doit d’incarner une force rassurante.

À ce moment charnière, l’ANP a besoin que le peuple soit à ses côtés, et le peuple a besoin que l’armée appuie ouvertement son choix souverain et l’accompagne dans l’étape décisive de la transition qui requiert le dialogue, les compromis politiques et le respect de la volonté populaire.

Est-il nécessaire de rappeler que l’armée est une institution tributaire du peuple et à son service? Les rangs de milliers de jounouds, et ceux des millions de citoyens dans la rue défendent, avec la même ardeur, les intérêts du pays. En démocratie, le premier soldat est le citoyen.

L’Algérie vit une révolution citoyenne remplie d’espoir et de rêves, par laquelle les Algérien(ne)s ont subjugué le monde. Soutenir la révolution en cours en appuyant une transition politique réelle est l’acte patriote suprême que l’armée ne peut feindre d’ignorer.

                                                            Le Collectif des Jeunes Engagés

Oran Acte VII : La seconde République, désormais à l’ordre du jour.

Actualités

A la septième marche d’Oran, les manifestants ont pris des plis. Les carrés se sont constitués en fonction des affinités politiques ou simplement d’appartenance à un lieu de résidence. Ce vendredi, des manifestants, apparemment d’obédience islamiste, n’ont pas raté l’occasion pour écorcher les «féministes».

«Elles sont parmi nous. Ne tombons pas dans le piège qu’elles nous tendent. Surtout ne les toucher pas et ne leur répliquer pas» dira un «leader» d’un carré. De l’autre côté de la place du 1ER Novembre, des militants d’un parti de gauche, prenant le départ avant tout le monde, brandissent des pancartes où on peut lire «Non à l’Islam politique» et «Non à l’intégrisme islamiste».

Jusqu’ici, ces deux groupes doivent s’observer sans se frotter. Parce que le slogan scandé depuis le rassemblement du premier noyau des marcheurs le 22 Février dernier est toujours sur les bouches des marcheurs : «Silmya Silmya» (Pacifique, pacifique). Mais une fois la marche prend son envol, au milieu de la rue Larbi Ben M’Hidi, ces deux groupes sont totalement noyés dans la foule des «sans chapelles».

Là où la joie et l’ingéniosité sont de mise. La meilleure illustration de ce débordement des «tendances politiques» cherchant à investir dans ces marches, les pancartes, imprimées et distribués en quantité, portant des slogans qui prêtent à confusion, finissent par «s’éclipser» au profit à d’autres, confectionnés à la va vite, le plus souvent avec un morceau de carton et un marqueur.  

En dehors de ce fait, notons que les femmes, de plus en plus nombreuses, et de tout âge et des différents milieux sociaux, ont fini par conférer à ces entreprises un air vraiment rassurant. Et elles ne se contentent pas du rôle de simples figurantes. Elles partagent les premières places dans certains carrés et scandent des slogans qui coïncident avec leur conviction. Elles recourent aux youyous quand la foule est époumonée  ou à court d’idées pour les slogans.

Ajoutons que pour la première fois, les revendications sociales ont fait leur apparition. «La politique indigente du gouvernement s’est traduite par une catastrophe sur la force de travail» lit-on sur une pancarte. Aussi, la première fois où l’effigie de Tewfiq, l’ex patron du DRS, associée à celle de Saïd Bouteflika a fait son apparition.

D’une manière générale, la septième marche d’Oran laisse transparaître une maturité politique du mouvement. «Pacifique, pacifique. Nos revendications sont légitimes. Notre marche est populaire» un slogan qui traduit cette prise de conscience des milliers de voix qui l’ont scandé. Cependant, la revendication de la Seconde République, formulée certes, mais demeure encore sans contenu concret.

La référence au badissisme et à l’esprit du 1er Novembre gêne énormément certains qui proposent d’autres formes de légitimité, dont la compétence et l’intégrité morale. En attendant, «une période transitoire, dirigée par une personnalité ou un comité de patriotes, sans les anciennes figures a aussi figuré parmi les revendications de vendredi dernier.

Comme à l’accoutumé, la touche d’humour n’a pas manqué à l’appel. «L’étoile de Bouteflika s’est éclipsé pour céder le champ à l’aurore de l’Algérie» lit-on sur une pancarte. Ou encore «Le peuple algérien est candidat au prix Nobel de la Paix».

Signalons que le refus d’un pouvoir militaire a aussi été réclamé par les marcheurs. Quant à Gaid Salah, au moins une pancarte lui a suggéré de se retirer avec dignité, eu égard à son âge notamment.

Mais la pancarte la plus sympathique est celle de cette vieille dame, fière et digne qui a fait tout le parcours du Bd Front de mer. «J’implore Dieu pour que n’ayez pas la même vie que la notre». El hadja, à son insu, était une star de cette marche……   

Par ZIAD Salah.

Ali Haddad en prison : Délit mineur….pour un prédateur insatiable.

Chroniques

Soit ! Prêtons du crédit aux propos de Maître Bourayou, avocat d’Ali Haddad séjournant actuellement à la Maison d’Arrêt d’El Harrach, et rapportés par El Khabar de ce jeudi. L’ami de Saïd Bouteflika, amitié à chaque occasion étalée avec ostentation, est poursuivi uniquement pour la détention de deux passeports. Simple délit, semble nous faire croire l’illustre avocat qui précise que son mandant a obtenu son second passeport quand Sellal était premier ministre. Manière d’impliquer indirectement ce dernier et surtout de rappeler la proximité qui existait entre Haddad et les ministres de l’ère de Bouteflika.

Pour notre part, nous estimons que la détention de deux documents de voyage, qui n’a aucune raison d’être, à bien y réfléchir, est un indicateur de l’impunité dont jouissait cet oligarque, dont l’accointance avec le cercle de Saïd, le dispensait du respect des lois et règles de la République.

Un indicateur aussi sur le pouvoir exorbitant du patron de l’ETRHB qui sûrement, réglait ses affaires par injonctions aux walis et autres commis de l’Etat par appels téléphoniques.

Rappelons dans ce cadre les déclarations d’un de ses assistants, un anonyme en somme, qui déclara à un organe de presse «nous on reçoit les ministres dans nos bureaux» pour leur intimer les ordres à exécuter.

Mais la détention de deux passeports par le nouveau pensionnaire de la Maison d’arrêt d’El Harrach nous renseigne sur l’étendue de la voracité du personnage. Parvenu, on ne sait pas par quel miracle, au cœur d’un centre de décision, rien ne pouvait lui suffire et le contenter. Il n’a pas réussi à résister à la tentation de l’excès. Il raflait large sans sourciller. On imagine aisément son attitude devant les projets publics et surtout leurs adjuvants : les crédits bancaires en milliers de milliards. Nous nous interrogeons, après la chute de ses soutiens, sur le sort à réserver aux mises en demeure qui lui ont été adressées quand Abdelmajid Tebboune a été nommé Premier ministre. Et c’est ce qui a valu à un départ précipité.

Sans même oser contredire Maître Bourayou, pour beaucoup d’observateurs, Haddad est la parfaite illustration, plutôt la personnification, de la gabegie et la prédation dont a pâti l’Algérie durant le règne de Bouteflika.  

Par Ziad Salah.

La chute de Bouteflika est à mettre à l’actif des jeunes : La Seconde République… la question de l’heure

Chroniques

Indéniable, ce dernier communiqué du MDN, tombé vingt quatre après une série de messages attribués à la Présidence de la République, a apaisé les esprits. Hier, l’annonce de la mise en retraite du Chef d’Etat major et aujourd’hui sa mise à la disposition de la justice, annonces qui ont circulé sur la toile par certains canaux inféodés probablement à Saïd et sa bande, ont suscité les plus grandes inquiétudes. Plus que la personne de Gaïd Salah, le peuple est soucieux de l’unité de son armée. Et il l’a suffisamment scandé durant six vendredis de suite.

Ce sont les mêmes foules, et à travers toute l’Algérie, qui avaient rejeté le recours à l’article 102 de la Constitution. Du moins, en spécifiant «le 102 mais sans eux» dans un slogan devenu célèbre.

C’est vrai aussi, que Gaid Salah, devenu disert depuis quelques semaines, a assorti, dans l’évolution de ses discours cet article par les 7 et 8 d’une Constitution malmenée durant tout le règne de Bouteflika.

Mieux, dans le dernier communiqué du MDN, le Chef d’Etat Major, entouré des chefs de régions et des commandants des forces terrestres, marines et aériennes, s’est engagé de se ranger du côté du peuple et de ses aspirations.

Remarquons que le communiqué du MDN s’adresse d’avantage à l’affect qu’à la raison des algériens. En dehors de la jonction d’exécuter sans tergiversations la disposition constitutionnelle, le communiqué n’a rien apporté de nouveau. Peut être, la reconnaissance par le MDN de l’existence de ce que certains appellent depuis des mois «les forces extra constitutionnelles» qui se sont accaparés le centre de décision. Ce que tout le monde sait et réclame de la Justice d’engager les procédures légales pour les maîtriser.

Dans ce cadre, rappelons que quelques heures avant la publication du communiqué du MDN, un groupe de citoyens ont déposé plainte contre Saïd Bouteflika pour usurpation de fonction et mise en danger de la stabilité du pays. En évoquant pour la première fois la bande qui s’est enrichie grâce à la prédation, une vérité de Lapalisse, le communiqué, et au-delà les chefs de l’armée, ont tenté de «titiller» la sensibilité des foules qui ont scandé «voleurs vous avez pillé le pays».   

Pour autant, le soulagement ressenti ce soir ne doit aucunement nous faire oublier l’essentiel. La revendication de la SECONDE REPUBLIQUE, exprimée par «Ettaghyir» reste à formuler et surtout à trouver sa traduction concrète. Ce que l’on a nommé par le Hirak, où le sursaut de dignité des millions d’algériens qu’on a infantilisé en essayant de leur faire admettre un cinquième mandat avec un personnage grabataire, risque de connaitre des dislocations, voire de l’effritement.

Fort de l’engagement solennel de l’armée (l’unique institution viscéralement algérienne que nous n’avons pas hérité du colonisateur), le Hirak, avec de la lucidité, peut mettre le pays sur rails pour assurer son avenir. C’est le moment où les élites de se payer, doivent se fondre dans ce peuple, découvert le 22 Février, pour traduire ses préoccupations.

En tout cas, la chute de celui qui fonctionnait comme un monarque et de son clan est l’œuvre des millions de citoyens qui ont ébranlé le mur de la peur en portant leurs revendications sur la place publique. Une revendication se limitant au départ au refus du cinquième mandat et qui a évolué au fil des semaines jusqu’à se cristalliser en demande d’une seconde République.

La voie est longue jalonnée d’embûches mais pas impossible pour une jeunesse qui a démontré sa maturité et son sens de responsabilité. Un sens de l’humour et un réservoir d’imagination. Prélude à nos rêves de l’avenir……

 Par Ziad Salah.

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