Institut du Monde Arabe : Oran exceptionnellement “revue” par El-Quantara.

dans Actualités/Arts & Culture

Cette année Oran s’affiche à l’International, avec pas moins de 3 publications. Des publications auxquelles Bel- Horizon n’est pas étrangère. La première concerne la 1ère édition du guide d’Oran publié en janvier 2018 par le célèbre PETIT FUTÉ.  Elle est clôturée par un article dédié à la jeunesse oranaise du célèbre couturier Yves Saint Laurent paru en mai dernier sur le magazine FIGARO PREMIUM.  Entre les deux il y a eu un superbe dossier de 7 pages consacré à Oran dans le numéro du printemps 2018 de la revue El-QUANTARA, de l’Institut du Monde Arabe. Oran est la seule et unique ville du pays avoir eu l’honneur d’être racontée sur les colonnes de cette revue prestigieuse.

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L’imposant siège de l’Institut du Monde Arabe

C’est le dernier numéro de cette revue trimestriel lancée en 1991. Dans l’éditorial de cette fin de parcours, le rédacteur en chef souligne “la grande complexité de la culture et de l’histoire du monde arabe mais aussi sa grande résistance à toutes les simplifications”. C’est là une conclusion qui va très bien à la ville d’Oran, et ce n’est certainement pas la belle plume de l’écrivain oranais Abdelkader Djemaï, auquel a été confié la rédaction de ce dossier qui dira le contraire.

Lui qui commence par nous avertir «Que les villes ont plus de secrets que les hommes et les femmes qui les habitent et que cela est peut-être due à leur façon de continuer à vivre, d’exister au fil des siècles et des jours

Alors que dans sa conclusion, il note avec raison que «Wahran n’est pas une carte postale lisse et proprette.» Bien au contraire, la complexité de son l’histoire et de sa culture se retrouvent dans le quotidien des oranais. Leur parlé par exemple est un créolisme unique en son genre dans le monde arabo-méditerranéen.

Quant à son histoire, Djemaï nous dira que «la besace d’Oran est plutôt bien pourvue». Ce qui vaut à Wahran quelques jalousies bien ancrées et autant d’inimitiés.

Sous prétexte de simplifications, le qualificatif d ’«El-Bahia» est traduit par la frivole plutôt que par la radieuse et l’on confond un peu trop volontairement la joie de vivre des oranais avec le dévergondage du Rai». Les oranais savent prendre tout cela avec une certaine philosophie et traduire par le «tniz», une ironie toute particulière” nous dit Djemaï, qui leur serait aussi propre que l’est la fameuse «calantica», ce plat doux et chaud dont les oranais raffolent.

On ne pouvait pas mieux parler d’Oran et Abdelkader le fait avec une nostalgie non dissimulée. Sa Médina traîne avec nonchalance et bonhomie, une philosophie que l’on peut aisément traduire par «le vivre ensemble», largement symbolisée d’ailleurs par le paysage culturel du Murdjajo dominant la ville et «où voisinent la kouba de Sidi Abdelkader El-Djilani, la Chapelle et le fort de Santa-Cruz.» écrit Djemai.

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L’écrivain oranais Abdelkader Djemaï.

Il souligne aussi que depuis qu’au XIV siècle le célèbre Ibn-Kaldoun lui a fait une réputation de cité supérieur : «Le paradis des malheureux, ou celui qui arrive pauvre dans ces murs repart riche.» Oran affiche un dynamisme sans limite, auquel les oranais continuent d’y croire dur comme fer.

La nostalgie de Djemaï c’est aussi les regrets de voir cette ville «Radieuse» par son nom et sa géographie très mal vieillir.  Pour Djemaï les signes de modernité qui lui ont été injectés n’arrivent pas à cacher les avanies de sa décrépitude.

Une architecture cosmopolite

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L’Hôtel de Ville.

En parlant de cette inestimable richesse, pas moins de trois spécialistes de l’architecture et de l’histoire de l’art ont étés réquisitionnées pour nous décrire quelques merveilles architecturales. A les lire, il y aurait pour tous les goûts.

J. Hueber co-auteurs avec C. Piaton d’un livre intitulé «Alger, Ville et Architecture 1830-1940» se sont attachées à remonter le temps pour nous raconter quelques bâtisses emblématiques de la ville.

Elles nous parleront de l’Hôtel de Ville construit en 1886. L’histoire de cet édifice est liée à celle des ambitions des édiles municipaux de cette époque, qui a vu le lancement d’un nombre impressionnant de grands chantiers tel que le Palais de Justice, l’hôpital du Plateau Saint-Michel et le lycée Lamoricière. Elles nous rappellent aussi que Camus qualifiait l’hôtel de ville de «maison prétentieuse

Le théâtre national Abdelkader Alloula (ex-Opéra) construit entre 1905 à 1908 est qualifié de pompeux et ajoute à la monumentalité de la principale place de la ville” nous disent- elles. La gare ferroviaire, autre bâtiment emblématique construit entre 1909 et 1910, est l’œuvre d’Albert Ballu. Elle serait dit-on la 1ère gare construite dans le style oriental.

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La Bibliothèque municipale, ex-Cathédrale du sacre-cœur.

L’autre œuvre oranaise de Ballu est l’ex-Cathédrale, devenue depuis bibliothèque communale. Construite entre 1903 et 1913, avec son style Byzantin très particulier, elle porte en ce sens la marque «orientaliste» de Ballu.

Nabila Metair, architecte, enfant de la ville et digne héritière de son père Kouider, avec qui, elle a longtemps arpenté la ville, s’est attachée à nous parler des œuvres d’un architecte très emblématique à Oran.

Quoique les œuvres de Georges Wolff sont innombrables à travers la ville et même l’ensemble de la région Ouest du pays. Nabila a retenue 3 œuvres mais pas n’importe lesquelles. Le Musée National Ahmed Zabana (ex-Demaëght) œuvre monumentale construite entre 1930 et 1932 à l’occasion du centenaire de la colonisation.

Le Palais de la Culture, anciennement appelé “Maison du Colon“. «Une pâtisserie figurant une énorme coupe renversé» encore du Camus, qui, décidément, semble être la référence littéraire incontournable lorsqu’il faut parler d’Oran. Construit entre 1929 et 1930, et pour la même occasion. N’en déplaise donc à Camus, mais Nabila nous  dit qu’il ne manque pas d’élégance.

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L’ex- Maison du Colon devenue Palais de la Culture. Une des nombreuses œuvres de Georges Wolff.

Ces deux bâtiments construit dans le style Art-déco sont le fruit d’une collaboration entre Wolff et d’Ernest Brunier un autre grand nom de l’architecture oranaise.

Le troisième ou plutôt les troisièmes bâtiments dont elle nous parle sont certes beaucoup moins prestigieux mais n’en sont pas moins important dans l’histoire urbaine. Elle nous raconte les marchés d’Oran.

Le Michelet construit entre 1932 et 1933, bien entendu mais aussi celui du plateau Saint Michel ; les Halles Centrales (rasées en 2012) dont Wolff a assuré le suivi en tant qu’architecte de la ville.

Pour finir il y a lieu de citer François Zabbal le rédacteur en chef de la revue El-Quantara, qui dresse un portrait de Kouider Metair «un personnage inoubliable» qu’il définit comme étant la «conscience  patrimoniale.»

Par Samir Slama.