“Fakhamatouhou Echaâb El Djazaïri”

dans Chroniques/Contributions

Enfin ! Son Excellence (« Fakhamatouhou ») le Peuple Algérien clame son existence au grand dam des simiesques rejetons du néolibéralisme «sauce locale». Par-delà la scène politique algérienne, la gifle historique est assénée à quiconque de par le monde a pris l’habitude de penser — toujours sous l’influence d’une idéologie néolibérale extrêmement toxique impulsée historiquement, par Reagan et Thatcher, à l’amorce de la décennie 1970, pour instaurer la suprématie de l’individualisme et du capitalisme financier à travers la planète entière — que toute référence à quelque chose qui s’appellerait « le Peuple », ne serait que chimère.

  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
                                                                                                      Crédit photo Fayçal Anseur.

Ce peuple-là, algérien, suscite l’admiration à l’échelle internationale de par son pacifisme, son intelligence politique, sa pertinence dans les énoncés des enjeux qu’il entend relever, mais cela-même l’expose encore plus que de par le passé, dans le champ des stratégies géopolitiques occultes, comme peuple à abattre coûte que coûte.

Nous venons tous autant que nous sommes en tant que peuple de rentrer de plain-pied dans la gueule du loup. Nous devrions nous attendre à subir les contrecoups de fortes répliques sismiques de la part des «siono-otano-yankees», de leurs alliés esclavagistes et de tous leurs affidés au sein-même de notre pays. Jusqu’au 22 Février 2019, le peuple algérien, celui-là même qui manifeste sa belle identité chaque vendredi, en était à se prémunir contre les morsures du loup impérialiste et de ses valets du cru local. Il s’est soudain engagé dans une stratégie inouïe, époustouflante de par son honorable radicalité et sa belle outrecuidance, en scandant «y’en a marre ! vaille que vaille ! coûte que coûte ! la dignité ou la mort !», et a bondi dans la gueule de la Bête Immonde (au lieu de s’en dégager) pour y déposer la grenade de sa revendication pacifique et de sa volonté de vaincre toutes les oppressions longtemps, si longtemps, endurées.

Quand Son Excellence le Peuple Algérien a victorieusement affronté le tsunami du terrorisme nonobstant les ondes de choc des pressions politiques, économiques, sociales et culturelles qui s’abattaient sur l’Algérie pendant la Décennie Noire, personne parmi les experts, consultants et autres analystes les plus avisés qui soient au monde n’a véritablement compris quels ont été — et sont et seront encore et toujours ! — les ressorts profonds de notre résistance populaire.

L’Armada des Superstars de l’Expertise et de la Consultance Mondialisées spécula plutôt sur la supposée «violence intrinsèque des algériens» pour expliquer pourquoi le sang a pu couler entre nous : nier ce peuple qui tient à vivre de ses aspirations, au prolongement d’une Histoire (oui, et non de seuls «événements») qu’il décrypte à sa façon tout en clamant que sa singularité, ou son idiosyncrasie, est dépositaire de l’Universel et qu’il a le droit de l’exprimer comme il l’entend : pacifiquement — qui plus est !

Constatons que les adversités qui devaient nous détruire tous (à l’exception des «1%» parmi nous qui étaient et sont toujours aux ordres d’un «système» de type féodal) ont au contraire aguerri les 99% d’algériennes et d’algériens qui n’ont aucune intention de déserter leurs propres peaux et demeurent allergiques à quoi que ce soit qui ne sente pas bon la fabuleuse terre d’Algérie ; la patrie éternellement assiégée d’où émanent nos fiers et chauds symboles, l’émoi qui nous étreint face au cynisme de ceux qui eussent dû séduire notre patience plutôt que de nous martyriser, ce même émoi qui — à peine ressenti — inspire la fière résistance face aux crapules ; la nation dont on ne cesse chacun pour tous et tous pour un de peaufiner l’épure en puisant dans notre génie propre, ce même génie qui s’affirme chaque vendredi désormais, et échappe à l’entendement de la Secte Globalisée des Experts et Consultants de Pacotille ; l’Etat-Nation qui, s’il ne s’est toujours pas réalisé et accompli sous sa forme républicaine, n’en demeure pas moins en fusion dans les tripes et du Soi et du Nous Algériens Fiers et Indépendants !

Non, personne n’aura raison de ce Nous, de ce Peuple miraculé, miraculeux. Il ne doit à personne d’autre que ceux qui le constituent authentiquement la paix qu’il a déjà gagné en payant le prix du sang, des larmes, et de l’atroce souffrance lovée jusque-là (jusqu’au 22 Février 2019) dans un mutisme qui n’a jamais été celui des lâches et des ripoux. Son silence est celui des justes qui, longtemps, très longtemps, laissent monter du tréfonds d’eux-mêmes l’indignation : quand elle atteint son « seuil-critique », ils la déchaînent tel un orage.

Cette fois-ci, «El-Issaba» a la chance que Son Excellence le Peuple Algérien ait décidé de lui en remontrer pacifiquement : par la fraîcheur d’âme et les vertus citoyennes que personne, parmi les oligarques et autres ploutocrates qui ont promu l’encanaillement comme mode de vie, n’a daigné lui reconnaître. Les clowns, pitres, minables et grotesques personnages qui ont orchestré le pillage et le siphonnage des richesses du pays sont mis en demeure par Fakhamatouhou Echaâb El Djazaïri d’admettre enfin ce qu’ils sont de fait : des marionnettes au service d’une stratégie géopolitique scélérate.

Elle consistait pour le monarque en puissance (désormais déchu) à aligner impérativement l’Algérie sur le modèle politique et institutionnel des monarchies du Golfe (nonobstant la monarchie Chérifienne) afin que la Région MENA (Middle East and North Africa) se réalise sans entraves (les forces de la finance internationale n’ont pas de temps à perdre) ; que de la côte atlantique marocaine au Nil, s’étende à l’avenir un vaste territoire qu’une Amazighité fabriquée par une Internationale des Spécialistes de la Psychologie Opérationnelle recouvrerait enfin pour que plus jamais n’y naquisse quelque Etat-Nation que ce soit hormis (à l’Est) les monarchies esclavagistes et (à l’Ouest), le Royaume Chérifien (peut-être aussi l’Algérie, si celle-ci renonçait à tout rêve de puissance) ; que cette Amazighité qui ne correspond en rien au vécu de la majorité écrasante des amazighs algériens se conjugue avec l’islamisme trans-frontière (comme c’est déjà le cas au Maroc alors qu’en Algérie l’amazighité ancestrale réfute tout badinage pseudo-religieux) et que sur ce vaste territoire les monarques de la Région MENA s’y amusent à régner en maîtres sur des peuples fractionnés en grumeaux ; que le Sahel soit à son tour une sorte de Confédération de tribus fabriquées artificiellement et soi-disant consentantes à l’allégeance aux mêmes pouvoirs féodaux cités précédemment…

Celui qui affirmait pompeusement, à Davos, qu’il incarnait à lui tout seul «l’Algérie toute entière» pensait peut-être qu’il la sauverait de la partition en érigeant pour son bon plaisir et celui des gens de son Sang une sorte de «Monarchie Présidentielle» qui lui attirerait les bonnes grâces des Etats impérialistes.

Son Excellence le Peuple Algérien lui a signifié qu’un peuple est quelque chose de trop vaste pour être contenu dans la peau d’une personne, fût-elle Abdelaziz Bouteflika. Et que le prochain Président de la RADP devra s’échiner à «représenter» humblement le peuple et non «l’incarner». Jésus n’est pas duplicable.

Par Nourine Djelouat.