Le Street-Art s’invite à Oran : Du Vandale au…Vendu

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Au regard de son C.V, Nicolas Laugero Lasserre est un touche à tout. Directeur de l’ICART (école spécialisée dans les métiers de la culture et du marché de l’art à Paris). Président Fondateur  de l’association Artistik Rezo. Directeur de l’espace Pierre Cardin durant une dizaine d’années. Commissaire d’exposition indépendant et surtout  à l’origine du projet Art 42,  le 1er musée français consacré à l’art urbain, ou notre ami expose sa collection privée d’œuvre de rues. Nicolas Laugero Lasserre est d’abord et avant tout un passionné de cet art contemporain en pleine croissance.

Son passage mardi dernier à l’Institut Français d’Oran était justement consacré à cette passion. Durant plus de 2 heures, il réussira, au vu des réactions du public à transmettre aux jeunes et même au moins jeunes sa passion pour le Street-Art d’une manière générale.

Le conférencier est donc venu en défricheur et débutera son intervention par des explications relatives au langage et aux codes très particuliers de cet art nouveau.

Pour raconter l’histoire de cet art, Nicolas Laugero, en méditerranéen averti commencera par se raconter. L’histoire commence lorsque, jeune provincial, il monte à la conquête de la capitale et s’installe par hasard au cœur du Q.G des artistes de cet art nouveau qu’il découvre alors.

L’intervenant prendra le temps d’expliquer, que n’ayant pas d’éducation artistique, son rapport à l’art s’est donc forgé face aux murs parisiens. La suite de sa conférence sera consacrée à l’histoire de cet art militant et vandale qui a commencé au tout début des années 70, dans les rues New-yorkaises avant de fuir l’intolérance de l’Oncle Sam, en prise alors avec le mouvement “hippie” et la guerre du Vietnam. Et de se réfugier sur le vieux continent, dans les années 80,  précisément à Londres, ou fleurissait alors le mouvement Punk et Paris ou il s’installe durablement.

L’histoire que raconte Nicolas Laugero bien chaperonné, n’est pas venu pour choquer les bonnes consciences et ne prône aucune rébellion car l’histoire qu’il nous sert est passablement… aseptisé. Il n’est pas question de défendre les valeurs subversives du graffiti révolté des origines et des tagueurs poursuivis, condamnés et emprisonnés.

Aujourd’hui, le Street-Art se fait sur  des murs «autorisés» Si autorisé qu’il a finit par faire depuis quelques années déjà, de la capitale du royaume Chérifien, l’une des Mecque du Street-art.

Au point ou même le site branché«Artsy»prétend doctement que le «zelidj» constitue la  profondeur historique nécessaire pour faire du Street-Art contemporain une pratique ancestrale au royaume du Maroc.

Cette revendication historique n’est pas loin de la profondeur historique qui rattache le Street-Art aux arts pariétal et rupestre de la préhistoire que nous propose Nicolas Laugero.

L’une comme l’autre, ces profondeurs historiques excluent de fait l’esprit «vandale» qui constitue l’essence même du Street- Art et sont donc peu acceptable aux yeux de la rigueur historique.

Membre de l’Association International de l’Art Français(ADIAF), Nicolas Laugero est venu aussi à Oran pour dire qu’il existe un «bon» graffiti institutionnalisé et reconnu qui s’apprécie aujourd’hui dans les galeries branchées, dans des magazines d’art urbain ou au travers des travaux d’ex graffeurs-taggeurs reconvertis dans le graphisme et le graffiti de commande en gros un graffiti «exposable» et donc accessoirement exportable.

Un art qui  finalement pourrait bien intéresser les pouvoirs publics locaux en charge de maquiller la ville et qui peinent à trouver des solutions efficaces de … camouflage.

  • Par S. Slama