Oran Acte VI : Le Hirak face aux ambitions des politiques

dans Actualités

Par ZIAD Salah

Place du 1er Novembre, point de départ et de retour des manifestants à Oran, a changé de main plus d’une fois durant ce vendredi 29 Mars, jour du sixième acte du Hirak visant «le changement du système» et « le passage à la seconde République ». Bien avant la fin de la prière du vendredi, une foule nombreuse a investi les lieux. Au moins trois groupes se sont constitués et ont essayé de s’entendre sur les slogans à promouvoir.

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Crédit photo Karim Tabouche

Des discours politiques, ou prétendus tel, ont été débités par certains activistes qui ne cachent plus leur ambition d’émerger en tant que leader d’opinion durant ces marches.

En tout cas, le débat, les interrogations, voire même la suspicion, se sont glissés au sein d’une partie de la foule, notamment une fraction politisée. Dans ce sens, signalons que des pancartes, avec l’inscription en arabe «l’armée et le Peuple, main dans la main» ont été disposées en quantité suffisante et à la portée des mains.

D’ailleurs ceux qui avaient, la veille et l’avant veillé, tenté de dissuader le public sur les réseaux sociaux d’épargner Gaïd Salah le Chef d’état major et l’ANP doivent se réjouir. En effet, le slogan «Bouteflika t’es partant, autant prends avec toi Gaid Salah et Bensalah» n’a été scandé que par un petit cercle très réduit.

A l’inverse de la grande majorité qui marche avec l’idée de participer à faire déloger un système politique vieux de soixante ans, certains groupes, dont un inféodé à un parti politique, commencent à afficher des prétentions de récupération de ce mouvement populaire.

Les islamistes, toutes tendances confondues, commencent à se départir de la discrétion dont ils ont fait preuve jusqu’ici. Ils se heurtent au moins à deux oppositions. La première est celle des jeunes, jamais encadrés y compris par l’école, rompus à une culture des stades d’essence festive et surtout collective et profitant de l’opportunité pour étaler leur savoir faire en matière d’animation, avec leur propre code.

La seconde est celle d’une fraction de citadins, marchant en couples ou en familles, décidée de faire entendre sa voix et surtout de se rendre visible sur l’espace public.

Lors de la marche de ce sixième vendredi, les islamistes, à force de vouloir marcher en carré seuls, ont presque cassé l’unité du mouvement. Ce qui a donné de grands espaces de libres, au niveau de la rue Larbi Ben Mhidi, devenue un lieu de passage traditionnel des manifestants, entre les différents groupes.

A noter que le slogan «ya serrakine, khlitou leblad» (Voleurs, vous avez pillé le pays» demeure le plus usité. A ajouter que le carré des jeunes, venus des quartiers populaires, demeure le plus joyeux et surtout le plus tolérant. L’apparition et la multiplication de l’emblème amazigh, a rapidement été intégrée et admise comme constituant du cadre de déploiement de cette entreprise. La proximité entre jeunes femmes et jeunes hommes est vécue et perçue d’une manière très apaisée.

Vers la fin de l’après midi, après le périple de la rue Larbi Ben Mhidi jusqu’au Lycée Lotfi pour emprunter le boulevard de Front de mer, la Place du 1er Novembre a été prise d’assaut par des jeunes, dont une bonne proportion sont encore adolescents.

Munis d’instruments de musique, ils se sont donné à cœur joie, alternant chants de stades et slogans politiques. Cette présence juvénile ne dérange aucunement les familles qui se réjouissent du spectacle quand elles n’y participent pas. En tout cas, cette jeunesse, porteuse d’un immense potentiel de vie, ne se laissera pas voler sa révolution. Elle n’acceptera pas le remake de l’expérience égyptienne.

Notons que le jardin constituant le prolongement de la Place du 1er Novembre, des expériences de forum de débats, à l’air libre, ont eu lieu. Une expérience à suivre de près puisque augurant d’une nouvelle ère où des inconnus peuvent discuter des problèmes de la Cité en se regardant les yeux dans les yeux. L’Agora de la Grèce antique en quelque sorte……Ou Tadjmaat de notre Kabylie éternelle.