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Quand la “Soummam” porte la Révolution du Sourire.

Chroniques

Ce 20e «vendredire» était plus grandiose que tous les autres.  Jamais mon général, le peuple n’a défilé avec une telle ferveur, jamais les rues algériennes n’ont porté autant  d’étendards à la gloire de la nation, jamais les algériens ne se sont sentis aussi libres et aussi fiers de l’être.

 

Ce «vendredire» 5 juillet coïncide avec une double fêtes D’abord celle du 57ème anniversaire de l’indépendance ensuite celle de la jeunesse. Ce n’est pas point le fruit du hasard, si en Algérie la fête de l’indépendance rime avec celle de la  jeunesse. Car  c’est bien la jeunesse de l’époque qui a libéré le pays de la longue nuit coloniale.

Depuis cette jeunesse à bien entendu largement  vieillie, septuagénaire, elle s’accroche  encore au pouvoir. Le déniant aux générations montantes qu’elle limoge, met en retraite, pousse à l’exil ou pire encore emprisonne.

En parlant de prison, mon général, ce «vendredire» était marqué par des cris très hostiles à votre personne. Bien sur cela n’est pas nouveau, sauf que cette fois-ci les cris hostiles ont accompagné des chants à la gloire des vétérans.

Des chants et des slogans à la gloire des moudjahidines de la glorieuse ALN qui se sont joints au peuple et que l’on a jeté en prison comme de vulgaires brigands.

Pour cela, ce 20e «vendredire» avait un air plus «hirakien» que les précédents, parce qu’il portait une  trop grosse colère. Pour être direct,  mon général, cela n’honore pas l’ANP d’embastiller les vétérans de l’armée révolutionnaire dont elle se réclame.

Non mon général, l’emprisonnement des icones ne terrorise pas un peuple qui depuis 20 «vendredires» bat les pavés en bravant, les matraques, les  gaz et les humiliations des agents du système. Non mon général cela ne peut que le galvaniser.

Le raz de marée humain qui, en ce 20e «vendredire» a déferlé dans les rues des villes du pays, est le signe que la Révolution du sourire a atteint un point de non retour. Il ne s’agit ni d’un «chahut de gamins», ni d’une révolte sociale dictée par des besoins alimentaires, il ne s’agit même plus d’un hirak porteur de  la colère qui a balayé le clan Boutéflikien. Non mon général, désormais la Révolution du sourire porte en elle une conscience citoyenne.

Désormais le peuple n’est plus dupe et sait pertinemment que ses ennemis ne sont pas ceux qu’on lui indique sournoisement à travers la rumeur «doubabienne». Il sait par exemple que le fameux “hizb frança” est plus proche de Dubaï que de Paris.

Il sait aussi que nombreux de ceux qui furent des courtisans zélés du gang, que ceux qui furent des serviteurs obséquieux du système, multiplient les appels du pied et s’offrent pour servir une feuille de route ou ils ne seront que des amuseurs ou au mieux des danseuses du ventre pour revenir.

Non mon général pour la Révolution du sourire, le changement dans la continuité n’est plus à l’ordre du jour. Le changement de paradigme porté par cette Révolution du sourire n’est pas différent de celui qui  a été porté par les vétérans  un certain jour d’un mois d’Aout dans la vallée de la Soummam.

  • Par S. Slama.

  • Crédit Photos: Nora Zaïr.

 

 

 

 

 

La famille qu’on consolide et la famille qu’on fragilise.

Chroniques

Le constat n’est pas nouveau : l’entreprise familiale est la forme prédominante en Algérie. Abdelatif Benachenou, ex ministre des Finances et ex ministre de l’économie l’a affirmé dans une de ses conférences donnée dans un institut privé à Oran. Mais ce constat vient d’être confirmé ces jours ci où les oligarques ont des démêlés avec la Justice. Tahkout est mis sous mandat de dépôt pour raisons d’enrichissement illicites avec son fils et son frère. Les Kouninefs connaissent exactement le même sort. La Justice a passé au peigne fin les comptes des 19 entreprises que possède El Hamel, ex DGSN, sa femme et ses enfants.

D’ailleurs, lui et trois de ses enfants sont mis en détention provisoire à la maison d’arrêt d’El Harrach. Djamel Ould Abbès, très attendu à la Cour Suprême, a un fils en fuite, un autre qui a une affaire en cours et un petit fils qui a été présenté devant le tribunal d’Aïn Temouchent et écroué.

L’ex premier ministre Ahmed Ouyahia, lui aussi en détention provisoire à El Harrach, a été interrogé sur les affaires que gère son fils, incarcéré par la suite. Sellal, ex premier ministre n’est pas du reste. Selon certaines informations, une partie des terres agricoles qu’il s’est attribuées, sont au nom de son fils et de sa fille. On peut multiplier les exemples sans être exhaustif. Il suffit de rappeler que Bouteflika a régné sur l’Algérie vingt ans durant en associant sa fratrie, notamment son frère cadet et sa sœur nommée par décret non publiable. Les hauts gradés de l’armée se sont servis et ont associé leur progéniture à la prédation et au passe droit.

Fidèle à l’esprit de la Camorra, la famille, chez ceux qui ont tenu le pays en otage durant au moins une décade, est sacrée. On y tient et on transgresse les lois dont en est sensé protéger pour assurer le meilleur avenir à leur progéniture et aux leurs. L’avenir ne passe pas par les formations pointues dans les grandes universités, indicateur parlant sur ceux qui ont géré les affaires du pays. A notre connaissance, nous n’avons jamais entendu parler d’un enfant de la nomenklatura qui a soutenu une brillante thèse de Doctorat dans une université réputée.

De l’autre côté de la barrière, la famille a subit des pressions innombrables pour son démembrement. Processus entamé durant la période du terrorisme où des frères, pour des raisons idéologiques et religieuses, se sont retrouvés face à face. Ce processus sera aggravé durant le règne de Bouteflika sous couvert d’accession à la rente ou plus exactement à la prédation.

A. Benachnou a remarqué dans la même conférence citée, la parcellisation des terres agricoles à cause des partages dus aux histoires d’héritage. Ce qui s’est traduit par l’augmentation des petites exploitations assurant l’auto-subsistance dans les meilleurs des cas. Le nombre des parricides qui a explosé ses dernières années est un autre indice de l’éclatement des liens familiaux. Un sujet qui a permis à Ennahar TV de bâtir une base d’audience. Les divorces, pour multiples raisons, notamment de l’impossibilité de cohabitation entre la bru et la belle mère, connaissent eux aussi une croissance exponentielle.

Ainsi donc, sous le règne de Bouteflika, venu pour se venger de l’Algérie et de son peuple selon des dires de plus en plus confirmées, la famille a subi un mouvement opposé. D’une part, les nantis, caressant des rêves de grandeur, ont tout fait pour élargir la base matérielle de leur famille. Tandis qu’un faisceau de facteurs ont exercé des pressions sur la famille ordinaire pour provoquer son démembrement.

Mais avec l’avènement de la révolution citoyenne du 22 février, nous assistons à la famille qu’on décapite. Le dernier exemple est celui de la famille d’El Hamel, pressenti pour la magistrature suprême avant sa chute. Il se retrouve lui, ses deux enfants et une de ses filles dans les cellules de prison. Un acte de violence inouïe. Et cet exemple n’est pas isolé…….

  • Par Ziad Salah.

7 ème édition du Concours AMOPA: Les lauréats d’Oran primés

Arts & Culture

Le 27 juin a eu lieu, au Consulat Général de France à Oran, la cérémonie de remise des prix de la septième édition du concours d’expression écrite organisé par l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques des Hautes-Pyrénées (AMOPA 65). Rappelons que ce concours d’expression écrite française est organisé à travers des collèges et lycées d’Algérie depuis 2012.

Pour la présente édition, après la cérémonie d’Alger, qui s’est déroulée le 23 juin dans les locaux de l’Institut Français d’Alger, la cérémonie d’Oran a réuni, dans une ambiance chaleureuse, plus de 300 personnes, entre élèves, parents, enseignants et quelques invités.  A cette édition, ont participé des élèves  provenant d’établissements des wilayas d’Oran et Mostaganem.

Il est à préciser que les élèves avaient, pour s’exprimer, le choix entre 3 modalités : prose, poésie et nouvelle. Le travail de rédaction, suivi par les enseignants participants, a débuté dès l’automne de l’année passée et les copies ont été récupérées, au mois de février, et soumises à la correction d’un jury, composé de 7 membres de l’AMOPA 65, qui siège à Tarbes.

Le coup d’envoi de la cérémonie eut lieu à 18 h et quelques orateurs se sont succédé au pupitre. Mr Christophe Jean, Consul Général de France à Oran, après quelques mots d’accueil prononcés en langue arabe, félicita lauréats, familles et professeurs. Il évoqua l’importance de la langue française et son appropriation par les francophones algériens.

Mr Francis Sanchez, de l’AMOPA 65, initiateur de cette action, souligna, dans une brève allocution, le chemin parcouru pour compter aujourd’hui 415 candidats, provenant de 62 établissements, répartis sur 15 wilayas (Alger, Oran, Biskra, Tébessa, Tindouf, Tamanrasset, Illizi etc.).

Le discours solennel, hommage aux jeunes talents algériens, fut prononcé par Mme Maryse Forgues de l’AMOPA 65. D’une haute tenue, il honora les jeunes lauréats.

Mme Fatema BakhaÏ, écrivaine oranaise, marraine de la cérémonie, clôtura les allocutions en précisant le rôle de la langue française comme vecteur d’ouverture et d’échanges aux côtés d’autres langues.

Les lauréats, accompagnés de leurs enseignants, ont été ensuite appelés, un par un, à la tribune, pour recevoir leurs prix et attestations de participation.

Relevons, que cette année comme l’année précédente, une sélection d’entre les lauréats opérée par le jury de Tarbes, a concouru au niveau international où 9 jeunes Algériens ont été primés dans le cadre des épreuves organisées par l’AMOPA nationale…

Un magnifique buffet, offert par le consulat général, permit aux assistants de vivre un moment d’amitié et d’échanges, rehaussé par la présence de nombreuses personnalités, parmi lesquelles une délégation algéroise de la CNEFA (Coordination Nationale des Enseignants de Français d’Algérie).

Ces contacts permettent d’envisager  avec optimisme le développement de ce concours d’expression écrite française en Algérie.

Par Mohamed Rafik.

Algérie, les dangereuses liaisons émiraties.

Contributions

L’Algérie n’est certes pas le Soudan. Mais depuis qu’un même vent de liberté s’y est levé, les deux pays se trouvent projetés sur des trajectoires convergentes. Ils traversent surtout les mêmes zones de turbulence. Et butent sur le même écueil : le refus par l’autorité militaire d’une période de transition. Ce que les militaires soudanais viennent de retirer par la force des armes (leur engagement sur une période de transition dirigée par des personnalités indépendantes), c’est ce que l’Etat- Major algérien refuse de concéder depuis le début. Tous les deux veulent réduire le changement à la seule élection présidentielle, dans les délais les plus courts et avec le même système de pouvoir. Les deux pouvoirs militaires de fait convergent sur l’essentiel : garder le contrôle et changer pour que rien ne change.

L’axe Arabie saoudite-Egypte-Emirats qui, avec le soutien des puissances occidentales et de la Russie, s’est érigé en gendarme de l’ordre conservateur dans le monde arabe et agit pour imposer une restauration autoritaire, est aujourd’hui le principal obstacle à toute démocratisation dans cette région. Son action se fait depuis l’intérieur des systèmes où il actionne ses relais locaux, le plus souvent et préférentiellement militaires, comme il l’a fait avec Sissi en Egypte, Haftar en Libye et aujourd’hui avec les militaires soudanais qui viennent de plonger leur pays dans un bain de sang. Que peut-il en être en Algérie ?

L’Algérie Post Bouteflika, une réorientation sous pression saoudo-émiratie ? 

Le pouvoir saoudien et l’axe qu’il anime a fait de la gestion du Hirak algérien et soudanais une de ses priorités et la stratégie intransigeante du tout répressif exprimée publiquement par Mohamed Benselmane pour y répondre est celle qui a finalement prévalu dans cet axe. La répression sanglante menée par les militaires soudanais, juste après le retour de leurs chefs des Emirats et de l’Arabie Saoudite dont ils ont reçu une substantielle aide de 3 milliards de dollars, confirme la stratégie saoudienne de répression des Hiraks, sa mise en pratique par le biais de relais locaux et l’existence chez les militaires de ces relais locaux réceptifs à ses pressions.

Aussi la question se pose pour l’Algérie : quel est son degré de réceptivité aux pressions des Saoudiens et de leurs alliés émiratis et de quels relais locaux disposent ces derniers. La question est d’autant plus légitime si on met en parallèle d’une part le durcissement progressif de la répression des manifestations en Algérie, durcissement annoncé en fait dès leur début par le Chef d’Etat-Major revenu précipitamment d’une visite aux Emirats et qu’il met en œuvre progressivement, et de l’autre la rupture d’équilibre de la politique étrangère algérienne dans le Golfe au profit de l’Arabie saoudite.

Alors que l’Algérie veillait à ne pas s’embarquer dans la croisade de l’Arabie saoudite contre l’Iran avec lequel elle entretenait des rapports cordiaux et de nombreux projets de coopération, elle a adoubé le 30 mai à la conférence de la Ligue arabe où la représentait le chef de gouvernement contesté, un texte final, rédigé par l’Arabie saoudite, aux tons de guerre à l’Iran.

Ce basculement est d’autant plus significatif que même du temps de Bouteflika, très proche pourtant des Emiratis auxquels il était redevable d’un exil doré, les équilibres entre les différents centres de pouvoir et l’effet d’inertie d’une diplomatie héritée de la guerre de libération, avaient empêché tout alignement sur les Saoudiens. Est-ce le signe extérieur de prémices d’une recomposition interne sur le modèle autoritaire émirati ?

L’influence émiratie en Algérie, peu connue du grand public et gérée avec opacité par les cercles du pouvoir en raison de ce qu’elle recèle d’accommodements douteux, est une des influences extérieures les plus importantes et les plus efficaces. Elle a été favorisée par Bouteflika qui a offert aux Emiratis une pénétration plus large dans les arcanes du pouvoir algérien où ils se sont constitués de solides relais. Elle s’exerce à l’intérieur même des rouages étatiques et des secteurs stratégiques comme l’armée.

Les Emirats, main basse sur l’armement algérien

Les Emirats, petit pays confetti ne produisant aucune technologie, ont ainsi réussi, contre toute logique, à devenir les fournisseurs obligés pour l’armée algérienne d’armes parmi les plus sophistiquées et les plus chères, concurrençant miraculeusement les grands pays industriels et militaires. Ils sont non seulement devenus un des principaux fournisseurs de l’armée algérienne mais ils la fournissent en armes qu’ils ne produisent pas et que l’Algérie aurait pu tout autant acquérir à la source mais qui lui sont libellées au nom de sociétés émiraties fictivement productrices.

Les Emirats captent ainsi, facilement, d’énormes dividendes indus aux dépends du Trésor algérien. Mais ils génèrent surtout, par artifice, une dépendance technologique, politique et militaire à leur égard lourde de dangers pour l’autonomie du pays et entretenue par leur force de frappe corruptive. C’est ainsi que l’armée algérienne a acquis en 2012 deux corvettes Meko fabriquées par le groupe allemand Thyssen Krupp, précisément sa filière de marine de guerre TKMS (Thyssen Krupp Marine Systems) pour la coquette somme de de 2,2 milliards d’euros.

Sauf que l’acquisition n’a pas été faite auprès du groupe mais sur le papier auprès de la société émiratie Abu Dhabi MAR qui s’est positionnée tout simplement en bout de quai et a facturé la vente sans mettre un boulon dans le produit. La vente avait été négociée par Angela Merkel en personne auprès de Bouteflika lors de sa visite en Algérie le 16 et 17 juillet 2008. Elle a mis deux ans, comme cela se passe généralement, pour devenir une option. Et c’est en ce moment que la société Abu Dhabi MAR, créée ex-nihilo, va négocier son entrée dans le capital de Thyssen Krupp Marine Systems et négocier une Joint- Venture sur le segment des navires militaires de surface (donc les corvettes). Elle se «contente» de la vente sur le seul marché arabe, laissant tout le reste à Thyssen Krupp.

Son argument pour rejoindre la Joint- Venture ? La garantie de la vente des deux corvettes à l’Algérie qu’elle met dans la corbeille mais dont elle se réserve la plus-value. Une entrée fracassante, sonnante et trébuchante, donc de Abu Dhabi MAR dans la Joint- Venture mais qui ne lui coûte en même temps rien : les 2,2 milliards d’euros de cette vente mais que vont débourser les Algériens eux-mêmes. Sauf que cette seule vente représente le double de tout le chiffre d’affaires de TKMS en 2009 qui est de 1,2 milliards.

D’un point de vue juridique, une telle opération financière est assimilée à un «délit d’initié». Pour cela, il fallait des complicités au plus haut niveau de l’Etat et de la hiérarchie militaire. Mais les choses ne s’arrêteront pas là et brasseront des sommes encore plus considérables. En même temps que les corvettes, Angela Merkel avait négocié, dans le même voyage la construction d’usines de fabrication de matériels de défense militaire et de véhicules pour l’armée et la police et un contrat pour la formation d’officiers algériens et la fourniture d’équipements électroniques pour les gardes-frontières pour 10 milliards d’euros.

Sauf que là aussi, miraculeusement, une fois les choses avancées entre Algériens et Allemands, les Emiratis viennent s’insérer dans l’opération. Tous les prestataires sont exclusivement de grandes marques allemandes (Mercedes-Benz, Daimler, Deutz AG et MTU Friedrichshafen) mais pour mener à bien ces projets notamment les usines à Tiaret, Rouïba, Ain Smara et Khroub, le ministère de la défense juge utile d’introduire dans la boucle le fonds émirati «Aabar Investments» au travers de trois sociétés à capitaux mixtes. A Khenchela, pour l’usine fabrication de pistolets et celle pour la construction d’un véhicule blindé nommé Nimr pour le transport des troupes, c’est le fonds d’investissement émirati «Tawazun Holding» qui est introduit.

Les deux figures d’une même pièce : Emirats côté face, France côté pile. Israël en arrière fond.  

Quelle utilité y avait-il pour l’Algérie de lier son sort et notamment le sort de son armée et de son armement à un pays qui ne lui ai d’aucun apport technologique et qui joue un rôle régional trouble et déstabilisateur et le plus souvent contraire aux intérêts algériens comme on le constate en Libye mais aussi en Tunisie et au Maroc ?

Ces associations avec les Emiratis se sont faites à un moment où l’Algérie regorgeait de capitaux et de toute façon, comme pour les corvettes, il n’y avait pas véritablement d’apport en capitaux de la part des Emiratis mais une anticipation sur leurs gains futurs.

La seule utilité de cette introduction des Emiratis serait de couvrir un système de commissions et de rétro-commissions qui n’aurait pas été réalisable avec les entreprises allemandes directement, celles-ci étant contraintes par une législation très sourcilleuse sur la corruption dans les marchés. Les Emirats, devenus le coffre-fort des oligarques algériens, offriraient le service de couvrir ces pratiques. Le bénéfice ainsi concédé aux Emiratis est fabuleux. Le seul prix des deux corvettes représente une somme largement supérieure à tout le PIB actuel d’un pays comme la République centrafricaine et l’équivalent de la moitié du PIB de l’Algérie en 1970, largement productrice alors de pétrole avant sa nationalisation.

D’ailleurs cette somme hors norme intrigue alors que les nouvelles frégates, également  multimissions, coûtent au moins deux fois moins cher.  Quant à la somme pour l’ensemble des contrats, 10 milliards d’euros, soit 5 fois plus, elle représente l’équivalent du budget annuel de l’armée algérienne et elle fait de l’Algérie officiellement le premier client à l’exportation de l’industrie de l’armement allemande.

Cette diversification vers l’Allemagne aurait pu être un élément à la fois de modernisation et de consolidation de l’indépendance de l’armée algérienne. Sauf que non seulement il lie le sort de l’armée algérienne à un pays qui, du Yémen à la Libye, multiplie les ingérences déstabilisatrices aventureuses, mais surtout les Emirats ne sont qu’une devanture d’autres puissances, en l’occurrence ici, de la France.

Qui se cache en effet derrière la société émiratie Abu Dhabi MAR ? D’abord son patron Iskander Safa est un Français. Et puis Iskander Safa fait partie de cette élite de Français d’origine libanaise qui sont devenus les nouvelles têtes de pont de la «Françafrique» et de ce qu’on pourrait appeler la «Françarabie».

De Ziad Takieddine à Imad Lahoud, ce sont souvent eux qui mettent les mains dans le cambouis là où la France officielle se bouche le nez. Mais surtout Iskander est le patron français du groupe français les Constructions mécaniques de Normandie (CMN) spécialisé… dans les bâtiments militaires ! Et à ce titre fictivement «concurrent» de Abu Dhabi MAR, les deux sont en fait réunis dans la même puissante holding Privinvest et font de Abu Dhabi MAR le masque arabe commode à destination des «indigènes».

Mais plus que tout cela, Iskander est aussi connu publiquement pour ses liens privilégiés avec Israël et notamment le rôle de ses sociétés dans la sous-traitance de la flotte sous-marine israélienne. Pour ces raisons, Iskander Safa est perçu avec suspicion au Liban où le président, le chrétien Michel Aoun, le qualifie d’agent israélien et travaille à lui fermer les portes du Liban le considérant comme une menace pour la sécurité libanaise. L’Algérie lui confie sa sécurité.

Le paradoxe est que cette influence émiratie, par le biais de ses relais locaux comme Ech Chourouk, use de l’argument de «l’identité arabe» comme barrage à l’influence française ! Il est vrai que sur la scène politico-médiatique algérienne l’invective de la France est devenue le commode et caricatural masque patriotique pour couvrir la prédation alors que ceux qui insultent haut et fort la France pour la galerie, sont ceux qui s’en servent et la servent le plus.

Amar Saïdani, ex-secrétaire général du FLN, avec son appartement et sa carte de séjour à Neuilly et qui aboyait chaque semaine contre la France, le ministre des Moudjahidines Cherif Abbes insultant directement le président français et terminant avec une retraite dorée à Lyon, Bouteflika insultant la même semaine la France et allant se soigner chez ses militaires ont rabaissé le discours patriotique à un vulgaire écran de fumée pour mieux piller le pays.

Que cherche à cacher le discours anti berbère du chef d’Etat-Major ?

  • Par Ali Bensaad

  • Professeur des Universités, Institut Français de Géopolitique de Paris, Université Paris 8 

 

 

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